Textes pour les expositions du Baloard – Montpellier
Expo “Voelvodia”, Le Baloard, Montpellier
Publiée le 05 février 2008
« Voelvodia »
Du 05 février au 23 mars 2008. Le Baloard. Montpellier
« Le vrai mystère du monde est le visible et non l’invisible. » Oscar Wilde.
Déroute de la lettre comme seul exercice sensible qui ne serait pas analogique, le trait compose un alphabet de l’intime, de caresses en incisions, comme pilier d’une émergence des possibles et des grammaires par le dessin. Sous les nombreuses plumes qui lui font voir le jour, il espère…parfois, imagine souvent, suggère autant qu’il garde jalousement et Voelvodia d’être ce monde où le « vrai mystère » reste le réel comme son fantasme.
Ce territoire imaginé n’en reste pas moins tangible. En effet, des treize regards présentés, considérons qu’ils sont autant de fragments d’un espace en constant mouvement qui bâti une réflexion autour dessin, mais au delà, avec le trait comme possible expression d’une réalité fabulée, depuis la sphère intime jusqu’à la sphère collective. Les artistes, qui en sont à la fois garants et éminences grises, existent en tant qu’affirmations de l’invisible par un réel qui génère sa propre corporalité par la trace, transvase finalement les existences propres en un champ lexical schizophrène.
Voelvodia est ce monde que l’on reconnaît à mesure qu’on se l’imagine, le dessin, récit par le trait que l’on s’invente à mesure que le regard glisse sur ses formes. En ce sens, il demeurera des treize traces qui le composent l’image d’un espace toujours hanté par le soucis de dire avec l’intime, du bout des doigts, et depuis le feutre jusqu’à la dernière des plumes.
Anthoni Dominguez.
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Expo “On ne peut pas transporter partout avec soi le cadavre de son père” Le Baloard, Mtpllier
Publiée le 03 décembre 2007
« On ne peut pas transporter partout avec soi le cadavre de son père 1»
du 03 décembre au 28 décembre 2007. Le Baloard . Montpellier
« Un jour, les frères chassés se sont réunis, ont tué et mangé le père, ce qui a mis fin à l’existence de la horde paternelle » Sigmund FREUD.
De l’individuel au collectif, du fantasme au mythe, du normal au pathologique, l’artiste postmoderne et ses pratiques n’ont cessé de se développer dans un rapport pris entre paternité et auto engendrement. Les années soixante ont en effet marqué la fin des grandes utopies ; l’autonomie des formes de Clément GREENBERG est devenue obsolète, et avec elle, l’idée d’un fonds commun à l’humanité, d’une unité conjuguée au futur. Que reste-t-il depuis du père, du père qui assure la Loi, père garant d’une histoire et d’une identité? Si la postmodernité se caractérise avant tout par un recyclage permanent des références, tantôt désactivées, tantôt réinjectées de sens nouveau, par une jouissance au présent le plus immédiat des possibles, elle n’en demeure pas moins porteuse d’une déception profonde. « On ne peut pas transporter partout avec soi le cadavre de son père », car il n’a pas été enterré, il est là, sous nos yeux, vidé en partie de son empire et malgré tout opérant.
Les travaux présentés proposent, imprégnés de ce constat, une mise à l’épreuve de l’art face à la perte, interrogeant pour ce faire l’inter-dit. Sabrina ISSA, vivant et travaillant à Paris, Montpellier et Marseille, développe depuis plusieurs années une pratique empreinte des disciplines les plus diverses. Mathématiques, philosophie, botanique, mais ici et avant tout psychologie. Cette transdisciplinarité, source d’émergence de nouveaux territoires de création, elle la met dans cette exposition au cœur d’un processus d’interrogation de l’art comme patient. La vidéo Psychanalyse de l’art du XXème, Acte 1 la désillusion expose ainsi une interview réalisée auprès d’un philosophe et d’une psychologue sur la « condition postmoderne », sur son rapport au père. Psychanalyse car l’histoire de l’art, ainsi que les pratiques plastiques ne semblent pas être en mesure de tout dire. S’il ne reste qu’un cadavre, la question posée par Sabrina ISSA s’intéresse aux capacités de l’artiste contemporain à s’auto construire, à s’auto gérer, car s’il assume la perte, ou le meurtre du père, est-il pour autant exempt de toute culpabilité (« Il était important pour moi de commencer cette psychanalyse de l’art, afin de déplacer le regard sur un diagnostic. Quelque chose qui par l’analyse, ne soit contredit que par elle, quelque chose qui d’un regard extérieur le tire et le déplace hors de ses propres symptômes… ») ? Les toiles cirées proposées, de même titre, sont ainsi une matérialisation des rapports filiaux, souvent conflictuels et constitutifs d’une identité, compris entre de grands repères artistiques historiques. Au travers de trois photographies, composants de la série Gens qui vont bien ensemble de dos par deux, Sabrina ISSA, toujours empreinte de cet élan psychanalytique par et pour l’art, interroge la norme arbitraire qui fait que deux personnes côtes à côtes, et dont on ne voit pas le visage, ces deux personnes iront « bien ensemble ». Face à l’effacement de la personnalité, de la trace unique qui fait évènement, quels sont les codes qui survivent, comment ces jeux de signifiants vidés de leurs particularismes les plus évidents font-ils sens et pourquoi font-ils sens ? Nulle thèse à mettre en forme, l’artiste dresse un « état des faits », un diagnostic au sensible, car si la postmodernité a épuisé bon nombre d’interrogations et de matières, elle n’a pas résolu la perte de son père.
Emilie SCHALCK fait écho aux travaux précédemment cités en interrogeant différemment cette absence, l’effacement de l’enfant face au père, mais aussi sa capacité à s’auto engendrer. Quand l’acte de création se trouve être amputé de son sens par la censure, quand le fils se trouve être réprimandé, tiraillé entre son envie de tuer et son incapacité à accomplir son dessein, quelles traces en reste-t-il ? Bien plus qu’une triviale critique des systèmes de contrôle de l’expression, l’artiste propose ici une relecture de cette dissolution face à la mémoire collective. Déplacement de contenu formel, du sens des images ou du souvenir de ces dernières, Pornography, Images disponibles et Jurisprudence (2 toiles et une vidéo) nous placent face à l’effacement de titres de films censurés, et en conséquence, souvent médiatisés. Ces derniers, amoindris pour des raisons politiques, identitaires ou éthiques, se trouvent ramenés à l’expression de leur contenu par la lettre, lettre torturée qui accompagne dans la mort les séquences effacées. Emilie SCHALCK développe une mise à l’épreuve de l’art face aux multiples rapports de filiation dont il se compose. Que ce soit au travers de la mise en scène du meurtre d’artistes dans des institutions publiques dédiées à l’art, ou par ses interrogations sur la censure, elle exprime la déception, au présent, d’un champ de création qui, bien qu’il exerce sa libre expression, suffoque sous le poids de cadres asphyxiants qui la limitent (Silence). Que reste-t-il de l’acte artistique après qu’il aie été vidé de son contenu ? L’artiste montpelliéraine pose la question de l’état des choses, et avant tout, de l’état de l’image. Ses pratiques l’amènent souvent à sampler des images, à les extraire de leurs contextes respectifs, les déconstruire, images mais aussi mots, puis à les repositionner dans un nouveau système, à les assembler. De là ledit déplacement de contenu formel. Emilie SCHALCK crée des images, des simulacres, les « montre pour faire voir », créant de nouveaux jeux de signifiants. « Comment la censure permet-elle de fabriquer d’autres images ? Comment devient-elle un traitement graphique qui illustre la disparition de l’art ? ». En déconstruisant les fantômes de la mémoire collective, contenus dévorés, il s’agit moins d’un engagement ouvert que de l’émergence de nouveaux flux d’images, sans distinction de caractère (majeures ou mineures, low ou high), d’un recadrage des points de vue…ou quand l’enfant profite de la mort de son père pour récupérer les fragments de ce qui jadis a été interdit et amputé.
« On ne peut pas transporter partout avec soi le cadavre de son père » pose la question de la paternité au prisme de la situation contemporaine. Père mort de vieillesse ? Meurtre? Héritages, traces, archives ou fragments dans les mains du fils ? Cette analyse psychanalytique de la création du XX° siècle et de l’état des choses qui en résulte n’a pour seule ambition que celle d’exprimer une géographie du flou et la déception qui en résulte (déception vis-à-vis de l’art, mais aussi de la promesse moderne de l’Homme nouveau). Les hybridations se multiplient, l’hypertechnologisme s’intensifie, l’individu contemporain est tiraillé entre son Moi et l’identité du groupe, plus de liberté de parole, mais toujours des risques à l’exercer pleinement ; le père n’est plus, il n’en reste qu’une image, cadavre, qui permet de réactiver son rôle politique, il survit peut être au travers de cette seule culpabilité. Néanmoins, et s’il reste une interrogation capitale, c’est de savoir si, aux portes d’une postmodernité parachevée, le recyclage des vestiges laissés par le père laissera place à de nouvelles géographies sociales, politiques et artistiques, à l’émergence de nouvelles strates, réconciliées avec un présent dissolu et qui, malgré tout, fait sens.
Anthoni DOMINGUEZ.
Although your article comparison sounds interesting but i’m not sure if i could agree with you in 100%
TeacherForex
28 mars, 2009 à 11:37